Pourquoi les mamans dépriment en 2012 ? Quelques réponses sur la dépression post-natale

Publié le par mamanbavarde

criComme je l'expliquais dans un précédent article (voir ici), je suis passée par l'épisode "Dépression" après mon accouchement. J'ai beaucoup parcouru les forums et je me suis rendu compte que j'étais bien loin d'être la seule. Il est pourtant loin le temps où l'on risquait de mourir à chaque accouchement, où un enfant sur 5 n'atteignait pas l'age de 4 ans. Alors pourquoi les mamans dépriment en 2012 ? Voici quelques pistes de réponse...

Un reportage intitulé "Mères au bord de la crise de nerfs" diffusé sur M6 hier (le 25 mars 2012) montraient des mamans au bout du rouleau. C'est assez rare de voir des mamans s'exprimer sur l'envers du décor de la maternité (pas l'hôpital mais la Maternité au sens large). Certaines d'entre elles avaient littéralement "pété les plombs" après l'accouchement, mettant leur vie en danger et parfois celle de leurs enfants.

 

J'ai été choquée d'entendre l'histoire de cette maman qui en est arrivée à jeter son fils à terre. Des faits divers comme cela, on en a tous entendu, et on a souvent comme première réaction l'envie de vengeance sur ces parents "incompétents, ignobles, monstrueux". Et puis, je me suis rendue compte que ces "femmes-monstres" n'avaient pas d'antécédents de violence, étaient des femmes comme vous et moi, vivant parfois dans des milieux très aisés. Alors j'ai voulu comprendre comment une mère modèle, presque angélique, pouvait devenir un véritable démon...

Je ne cautionne absolument pas ces actes. Et je ne suis pas assez calée en psychologie pour comprendre ce qui se passe dans la tête de ces femmes. Je peux juste donner mon avis sur les mamans qui se font du mal à elles-mêmes, qui dépriment à s'en rendre complètement malades. Pour ma part, je n'aurais jamais fait de mal à mon fils. Mais j'ai tellement culpabilisé de ne pas être à la hauteur que j'ai voulu disparaître. J'avais de la haine, mais simplement envers moi. Dans mon précédent article sur mon expérience de la dépression post-natale, j'expliquais qu'il y avait un fossé entre l'image que j'avais de la maman idéale et celle que j'étais, à bout de force et à bout de nerfs.

Je pense que la société y est réellement pour quelque chose. D'après ce qu'on entend, être heureuse en devenant maman est une évidence. Il FAUT être heureuse parce que la Maternité, c'est beau et parce que "donner la vie est la plus belle chose qui puisse vous arriver au monde"(Avouez-le, on l'a tous entendu un jour cette phrase là). Alors nous partons toute dans cette aventure de la maternité avec cette image en tête. En plus, si le bébé est en pleine forme, il n'y a aucune raison d'être une maman stressée et nous n'avons aucun droit de pleurer parce qu'il y a des choses pires ailleurs. On ne peut pas être triste parce qu'une maman, ça sourit. Vous avez déjà vu un livre de conseils en puériculture avec des mamans déprimées portant leur bébé ?

Nous vivons dans une société où tout se maîtrise, où la science a fait des tas de progrès. Donc la maternité doit se maîtriser et la maman doit savoir maîtriser.

J'ai discuté avec ma grand-mère qui me parlait d'une toute autre époque où l'on ne se prenait pas la tête pour calculer les horaires de biberons, les dosages précis pour le lait... Une époque où devenir maman se faisait tout simplement, presque tout naturellement.

Aujourd'hui, dès la maternité, on vous stresse avec les horaires des biberons ou des tétées. Il faut que le bébé boive toutes les trois heures. Et si le bébé dort trop profondément, on le réveille même pour lui donner à manger. Ca vous plairait à vous qu'on vous réveille lorsque vous dormez profondément pour vous forcer à manger ?!
On vous stresse aussi dès le lendemain de l'accouchement avec ces fameux pourcentage du poids de naissance que le bébé ne doit pas perdre. Alors vous pesez votre bébé et vous faites constamment vos calculs pour savoir si tout va bien.
A chaque rendez-vous, le pédiatre vous demande si l'enfant a bien bu telle ou telle quantité de lait. Et si ce n'est pas le cas : "Faudrait quand même essayer de lui donner madame. Essayez de lui donner en fractionnant les biberons." Des fractions de biberon ? Après le pourcentage de poids, moi qui déteste les maths, je suis servie !

Ensuite, il faut que le bébé parle à tel âge, se tienne assis à tel âge...etc. Alors comme moi, j'imagine, vous comparez avec les autres mamans que vous croisez pour vérifier que votre enfant n'est pas hors norme et vous courrez sur les forums, inquiète, pour demander: "Mon fils a 15 mois et il ne marche pas encore, est-ce normal ?". Là on vous répond parfois: " Je serais toi, j'irais voir le médecin. Il a peut-être un retard de croissance, ou une maladie du cerveau qui freine son développement.." J'exagère mais j'ai quand même lu des choses qui vous stressent bien plus que vous ne l'étiez avant et vous feraient presque prendre rendez-vous en urgence chez le pédiatre pour vérifier que votre enfant n'a pas un cancer généralisé.

En fait, on fait nos premiers pas de mamans en se prenant la tête constamment. On essaye de maîtriser pour devenir comme la maman parfaite des livres de puériculture. Alors quand tout ne se passe bien comme prévu, on peut vite se sentir stressée, mal. Et puis, si personne ne vous rassure, vous passez de "mal" à "déprimée", et de "déprimée" à "malade" parfois.

 

Parfois, en plus de la pression de la société, on subit la pression de l'entourage. Toutes ces mamans qui sont passées par là avant vous et qui vous disent qu'il faut faire comme ça et surtout pas comme ça...


Certaines femmes ont suffisamment de recul pour ignorer toute cette pression. D'autres, plus sensibles surement, perdent petit à petit pied.

 

Alors si on essayait de voir les choses plus simplement ?

Si on arrêtait de croire que la maternité n'est qu'une période de bonheur intense dans la vie d'une femme, avec des journées toujours roses ?

Si on parlait plus ouvertement du baby-blues et de la dépression post-natale en arrêtant de dire que ça n'arrive qu'à une minorité de femmes ?

 

Le fait de devenir mère est comme un ouragan dans la vie d'une femme. Ca chamboule tous les repères. Et devenir mère n'est pas inné, ça s'apprend ! Prendre conscience de cela permet déjà d'ouvrir les yeux sur certaines choses...


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